mercredi 24 octobre 2007

Mathématique du singe

Dans le paradis des nombres, une main forme sous son ombre, les équations du désespoir.

Nul ne sait comment calmer la furie du défilement des formules.

Nul ne sait comment faire taire la rhétorique de la perte et de la soustraction.
La roue tourne en vain dans la fidélité du chien comme dans le rire du singe.

Tourne, tourne, tourne en vain.
Tourne, tourne, tourne enfin.

Vera fraternitas

Per ignem probatos martyrio decorasti
Et non tanget illos tormentum malitiae.
Iustorum in manu dei sunt.
Haec est vera fraternitas quae vicit mundi crimina.
Exultate, Iusti, rectos decet collaudatio!

mardi 23 octobre 2007

La mort, enfin!

L'enfant a peur des serpents.
Mais s'il est curieux, il verra combien est beau le reflet de la lumière sur les écailles de la bête.
Quand la lumière caresse la nacre, on dirait qu'elle la fait chatoyer comme un diamant. Tout redevient beau où l'esprit avait invité la laideur.
L'enfant a peur des serpents.
Mais s'il est courageux, il se laissera mordre. Il tendra sa main en fixant la bête droit dans les yeux pour lui montrer qu'il accepte le poison. Sa vision s'invitera dans la profondeur, à deux pas du trépas.
Quand le venin aura fait son effet, il ne pourra plus s'en passer. Il voudra à tout prix en retrouver le paradis, le temps immobile et le précieux oubli.
L'enfant a peur des serpents.
Mais s'il est ambitieux, il s'allongera sur eux. Il se fera une couche de leurs corps enlacés. Il posera sa tête sur un coussin d'orvets et fera de cobras une pelisse froide.
Quand son sang sera glacé, c'est sûr, il sera victorieux.

Voilà qu'un enfant gît, un diadème sur la tête, une lyre à ses côtés. Il a les yeux clos et le visage serein.
Sur son sein deux points signent son ivresse à jamais refermée dans un rêve en écrin.
Dieu! Que ne mourrons-nous tous pas dans l'extase!

lundi 22 octobre 2007

Et soudain, un baiser

Les armes se sont tues dans la plaine effarée.
A l’orée du charnier, deux silhouettes apparaissent.
Ce sont deux amants égarés par leurs sens
Et qui ignorent tout du combat qui s’est livré séant
Ils découvrent, ébahis, le charnier empourpré, l'un parle quand l'autre s'affaisse, foudroyé.

- Ce corps qui gît, n’est-ce pas mon frère? Et cet autre là? Sa blessure me semble familière.

- N’en crois rien, ce ne sont que de pauvres et tristes hères qui se seront livrés aux fers de leurs chimères. Viens, retournons à nos jeux, soyons légers et oublions ces corps fâcheux.

- Mais cette main tendue m’était chère! Approchons-nous, je veux dire un dernier adieu et serrer contre mon coeur cette main aimée mais désormais inerte.

- Amour, la mienne te la fera oublier. Vois comme elle est agile et parfumée.

- Regarde, ce sourire ravagé. Regarde la tristesse incrustée dans ces plaies.

- Allons, ce n’est rien, rien qu’une vieillesse qui s'est hâtée. Viens, viens goûter mes lèvres et oublie l’édenté.

Les armes se sont tues dans la plaine effarée. Un oriflamme claque au vent.
Le bruit sec de la lourde toile couvre le bruit des amants qui, à l’orée du charnier, disparaissent.
Ce sont deux amants enfiévrés de silence
L’un colle ses lèvres si fort sur l'adulé carmin, que l’autre étouffe à tout jamais.


lundi 8 octobre 2007

La mue du serpent

Il a cerclé ses yeux dans d'étranges plaies et a épongé l'alcool épousant la moiteur sur son torse.
Son corps sublime cachait mal sous la rudesse de ses traits, une caresse en arc qui scande les mètres à coups de hanches.

La lèvre mordue de dédain il s'est approché des mortels.

Il a posé sa main sur la nuque des fidèles, y a fait ruisseler la peine et s'en est allé sur son chemin.

Se retournant enfin sur son ombre de suif, il darde son regard dans le consentement de ses victimes.

Il jette des clous que les avides engouffrent et disperse ses miasmes en secouant ses écailles. Il les voit qui se repaissent de son corps.

Voilà un calice qui ne tarira pas.

La danse du serpent

Dans la moite lumière des essaims,
Une langue ténébreuse trace comme un sourire sur le sol.
Elle rampe dans les airs d'un bout à l'autre de ses hanches,
Nouant l'air dans son vol.
La voilà qui oblige les yeux à des lacets silencieux dans le souffle fragile de ses reins.
Aussitôt, des mains calleuses pétrissent ses écailles de soie aux prix d'un petit boniment, d'un renoncement à soi.
Toucher sans effroi le serpent qui ondule en le couvrant de cuivre,
Toucher sans la voir la noirceur de son âme ainsi dévoilée,
Le boniment est vert comme un fruit mort né.
Le serpent se couche sur les tessons édentés, remet sa mue en place et redevient l'ange qu'il était.

Un serpent dans les cheveux

Il porte dans sa grâce le déhanchement des effraies et reste campé sur ses ergots de nonchalance.

Dans l'élan de la porte et l'onde des corsets, il vibre, pris dans l'étoffe étoilée du remord.

D'un revers de main, il jugule l'indifférence. Viens, dit-il, viens dépenser l'argent fondu de tes bracelets, allez! Viens viens vendre ton ventre au verre des minarets.

Sur son front pâle, un diamant ruisselle de dédain. Il fixe les yeux de l'inconnu mieux que le regret ne se fiche au coeur de la tentation.

Il se sertit dans la meurtrissure vague des mots et creuse son sillon dans les pleurs indignes.

Passant qui sur le pavé coulisse, évite ton regard dans le miroir des flaques. Le serpent qui dans ton cou dévisse, ne vois-tu pas qu'il palpite déjà à l'orée de tes draps?