lundi 28 septembre 2009

Ode à Lapillus



La nudité ivre de ton corps m'appelle
Et je me voudrais barbare à la conquérir.

Je casse mes mots comme jadis mes jouets
Par peur,
Par lâcheté,
Pour de si bonnes raisons que tu n'en sauras rien.

Je me cacherai à l'ombre de tes pas,
Amant incrédule et fidèle.
Je t'offrirai le monde en miniature,
dans l'arceau immatériel de mes bras.

Y viendras-tu?

Ma blessure est brèche ouverte jusqu'à moi
Un jour elle se refermera et tu seras au dehors,
Perdu dans l'immensité noire du monde.

Au dedans, pourtant, toujours tu brilleras.
Amant idéal et fécond qui porte sur tes épaules
Ma joie.

dimanche 27 septembre 2009

Ecriture automatique (avec M.E.)


Je vomissais à vos pieds des vipères de plaisir qui se tortillaient, incandescentes, comme l'âme s'épuise dans le néant...

jeudi 24 septembre 2009

Fragment 11



Et si pour atteindre la Sagesse, il faut.
Être dans la vérité, alors.
Etre heureux c’est apprendre à savoir.
Bien gérer sa tristesse.
Mais là, je ne peux pas.
Je ne sais plus.
J’ai désappris.
Très vite.
Trop.
Tout de suite.
Enfin si tôt, trop tard.
Je suis libre de savoir la prison si vaste.
Mon regard s’usera avant d’en avoir vu le plus éloigné des murs.
Le mur.
Partout.
Nulle part.
Tout autour.
Surtout en soi.
Au fond.
Aux tréfonds de soi.
Sombre.
Lancinant.
Une ritournelle fleuve.
En rond.
Et là, le mur devant soi.
Tristesse abyssale jonchée de toutes les tristesses.
Non plus à venir.
Celles qu’on sait venir.
Mais la dernière.
L’advenue parmi ses reflets déformés.
Vénus qui tranche de son pied la coruscante écume.
Ses cheveux noués de vent vers l’horizon.
Le sublime surgissement de l’amante.
Délicate à se cacher la voie.
Etourdie dans le gazouillis des vagues au plus printemps de l’horizon du vent qui s’éteint.
La belle se referme dans les flots.
Reste la nostalgie de ses filaments.

Faut-il donc que la terre tourne après moi ?

Art poétique (à Marie-Laure Charrier)




Je me prépare à la nuit.
Cette nécessaire nuit où je tais les brumes.
Et sur le champ de pierre où je guide l'enfant que je n'aurais pas,
mon chant s'élève en prière.

Que s'élève ma complainte.
L'envers du monde est bien plus peuplé.
J'y tente l'éternité d'un instant vrai.
Sitôt parfait, déjà enfui.

Je garde la cicatrice de mes fugues immobiles.
Sillons indécents de ma patience.
Les ruisseaux ne ruissellent-ils pas dans le lit qu'ils ont quitté?

Me voilà déserté si je ne parcours pas l'idéal excentrique.

Mais voilà.
La nostalgie des possibles endeuillés plane sur nous
comme une roue se tord autour de l'essieu où elle éclate.

Fragment 10


Dieu juste des bons esprits, qui seul vois l’humain dans l’homme,
écoute mon cri dans cette nuit absente.

Perdu dans la mort anonyme des milliers,
mon temps vient et mes questions s’épuisent devant cette certitude.

Il est temps, Seigneur, que je disparaisse.

Mes tourments vont prendre fin et mon sang répandu irrigue la puissance qui me fera renaître, anonyme parmi les hommes, dans le cœur de ceux qui sauront ma vie livrée en vain.

L’éternité s’ouvre sur mon souffle en voie de se briser par le froid, par la faim et la volonté d’autres hommes qui par peur et par ignorance m’ont livré à leur jeu assassin.

J’aurais pu mourir de tant d’autres façons.

Par la naissance, pourtant, j’étais promis à une longue vie qu’un accident ou ma négligence, seuls, pouvaient mettre en péril.

Je devais être à l’abri de cette mort prématurée et futile.
Je paie bien malgré moi, Seigneur, ma vanité dérisoire.

Nous creusions par nos relâchements, une bien cruelle tranchée. Elle sillonne la terre de sa brusque courbe. On s’y entasse par milliers. Au lointain, de semblables tranchées pour endiguer l’humain et le laisser croupir dans son funeste destin annonçaient pourtant notre charnier domestique.

Je n’ai pas cru, Seigneur, qu’en me laissant aller à ne pas regarder ce qui en mon nom se faisait,
en consentant qu’on fasse le mal pour mon bonheur illusoire,
en oubliant de chercher une vérité hors de mes objets et de mes désirs enfantins,
je ne savais pas, Seigneur,
qu’un jour aussi,
on me laisserait croupir dans un destin qui s’hourdait dans le silence des rancœurs.

On ne m’aimait pas et je ne le savais pas.

On me cherchait pour me voir disparaître et je ne le savais pas.

On me craignait peut être et je ne m’en doutais pas.

J’étais, Seigneur, sur une bien douce pente qui faisait s’écouler les jours et voyait s’effondrer toutes les promesses. Et dans ce petit cours des choses, c’est le mouvement qui comptait.

Là, devant toi, Seigneur, j’atteins, à mon corps défendant, des sommets d’où il me faudra m’envoler malgré moi.

Là, devant toi, mon Dieu, moi.

Je suis dans la rédemption qui va venir, qui vient, est là et me gagne tout à fait.

J’apprends la vieillesse en un temps soudain.

Le détachement des choses et de moi me vient.

Mais cet homme qui meurt à côté, c’est moi. Et cet autre que l’on viole, torture et tourmente, c’est ma chair, déjà.
J’ai peur.

Je m’entends crier dans l’atroce blancheur, le corps fait gémissement de soi. Je m’entends implorer la clémence dans la douleur. Pitié pour l’humain qu’on abat. Pitié pour l’infini qui s’obscurcit.

Pitié.

Le ciel aveuglé de toi saura-t-il accueillir ma voix ?

T’avons nous construit suffisamment pour perdurer en toi ? Ai-je épuré mon temps en cette vieillesse soudaine ?

Et ton Fils?

Seigneur, as-tu oublié comment Il est mort?

Marie se tenait debout au pied de la croix, percluse de douleur.
Son fils mourait devant elle.
Il l'avait pourtant prévenue et consolée par avance. Il lui avait parlé avec tant de douceur qu'elle s'était presque résignée mais là, devant le ruissellement du sang sur le bois de supplice, devant la chair de son fils meurtrie et défigurée par le fer sacrilège, son cœur expirait en son sein.

Son fils mourait.

Son fils.

Son fils agonisait dans la chaleur suffocante et sale du Golgotha.

Pourtant, il l'avait apaisée.

Son cœur à lui était tellement grand qu'il lui avait ôté un temps la conscience de cette mort nécessaire.

Mais un temps,
seulement.

Depuis des jours elle savait la fin proche et l'atrocité des heures.
Son oeil regardait fixement le ciel exalté par le soleil et la nuit,
aveuglant de silence.

Son cœur sondait l'infini.
Et son cœur se fit consentant.

Il mourait pour vivre.

Il mourait pour que la vie jamais ne finisse.
Que par son sacrifice on arrête le sang.

Que par sa mort à lui, l'amour unisse ce que la mort sépare.

L'homme, la vie.

Même nom pour un seul principe infini.

Mais son corps meurtri,
tout de même.

Donner victoire au mal sur le corps pour que le mal épargne le cœur. Donner à la multitude le don de la vie. Se faire rempart contre le néant. Donner le sens...

Cela valait-t-il le corps supplicié de son enfant à elle?
Cela valait-il la douleur dans ce corps de bonté, le corps à l'unisson de l'âme de son petit garçon?
Cela valait-il...
...mieux qu'une autre mort sans l'élévation exaltée de ce fils en Dieu?

Cela valait-il mieux que de tomber sous le poids du temps ou au hasard d'un chemin.

Mais, la mort vient et exige.
Elle cueille ce qu'elle n'a pas semé et cueille ce qu'elle a semé,
récolte tout,
de toutes façons.

Alors voilà, Marie consent à la mort de son Unique.

Elle consent à ce que le sens prime sur le néant et que cette mort soit montrée en exemple:
celle du Juste parmi les Justes, de l'Aimant parmi les Aimés.

Et toi, Seigneur,
tu t’étais détourné pour cacher tes pleurs,
je le sais.

Dieu juste des bons esprits, toi qui as laissé faire la terre sous le ciel, toi qui as consenti qu’elle soit ensuite habitée et soumise à son nouveau maître, écoute ma plainte que le matin enchante malgré...

Détourne ton visage devant cette abomination mais tends moi la main, je meurs.

Mon dieu !

Je me vois qui meurs.

Je pourrais bien chanter pour continuer à te plaire mais la douleur revient que je croyais évanouie.
Elle resplendit dans mon corps et le tue.
Je ne peux déjà plus me cacher dans les mots.
Mes mots s’espacent.

Je veux Seigneur, remettre avec réticence mon esprit entre tes mains.

Reçois mes mirages et ma voix.

J’expire,
mon Dieu,
pour la dernière fois.

N’y sens-tu pas le parfum du regret ?

N’y sens-tu pas un amour inachevé qui perdure hors de moi ?

Voilà l’homme… Ouvre tes bras !

samedi 19 septembre 2009

Sic transit...


La vérité a jeté ses voiles sur le monde.
Le malheur, la vie ou quelque importun m'en offrit un.
Et l'étoffe a couvert mon souffle d'un plus grand mensonge encore.
Pour fuir le vide, préférer le néant.

lundi 14 septembre 2009

Espoir en vain


C'est alors que.
Passeur solitaire ébloui de tendresse,
J'ai voulu t'épouser à l'orée de ton corps.

Mais.
Là.

L'air soudain absent, soufflé.
La vérité m'a démis
Dans l'étouffement.

Ce sont les promesses qui sont vaines
Intenables.
Impardonnables.
Limpides et meurtrières.

Et cependant nos lèvres s'y méprennent.

Pourtant, je jure qu'un jour,
La liberté viendra dans l'oubli.
La multitude des oublis qui nous font.

Alors.

Les mots qui quêtaient l'écho
Des hébétudes à incarner
Faneront
Comme un printemps trop étreint.

Mais toi,
Toi que je dessine sur les vitres,
seras-tu passé en vain?

vendredi 11 septembre 2009

L'indulgence des indifférents


Joie factice des possibles,
Louve aux seins taris,
Que ne me suis-je nourri d'autres automnes!