dimanche 25 décembre 2011

Ô Prince des dos d'âne

Sur la route chahutée qui mène à la plage,
Quémande, bancal, un unijambiste sans âge.
Pitoyable, il sautille, balançant son moignon.
Et s'évertue à n'oublier aucun mignon.

Tel un russe blanc, nu, dans un zoo humain,
Il accueille avec faconde ces fieffés faquins.
Ils le toisent, le méprisent et le couvrent de dédain.
A-t-on jamais vu un prince prier pour son pain?

Et pourtant, il règne, sans couronne ni sébile,
Sur un dos d'âne où Dieu l'a placé en gardien.
Nos âmes viles le traitent comme on nourrit un chien.
Jetant des restes, pour qu'il se vautre, docile.

Et dans ce geste hautain, nous lui livrons notre âme.
A lui de la peser, de la jeter aux flammes.
C'est le vrai prix qu'il nous faut payer, nous les gueux
Qui paradons en vain dans nos discours creux.

dimanche 11 décembre 2011

Fulmination

Enfant meurtri au sein, vêtu d’absences amères,

Enfant épuisé, pétri de colère sage,

Enfant nu dans la cruauté crue sans repères,

Enfant engoncé dans sa peine jusqu’à la rage,


Enfant éteint dès qu’on a pu le contenir

Enfant tatoué des folles humeurs où tout bascule

Enfant bâtisseur de bulles,

Enfant prédicateur de la vie à venir


Enfant oublieux du temps qui passe, réveille-toi !

Et contemple, déjà, le vieillard fait de tes choix.


mercredi 7 décembre 2011

De profundis (à David L.)

J’ai tout vu, tout vécu, avalé les délétères,

Vampirisé les paysages et l’immensité morne de la mer.

J’ai tout senti, tout ingéré, dévoré mes yeux et colonisé la chair.

J’ai tout entendu, tout dit et envahi l’éther

J’ai tout prétendu, tout prédit

Tout suspendu, tout séduit

J’ai vomi de saoulerie véhiculaire

J’ai souffert, assoté d’infini

J’ai gémi dans un paradis d’enfer

J’ai offert mon âme dans la nuit

Ô matin qui s’annonce, je t’en prie

Lave moi des scories d’inventaire

Lave moi du revers des non-dits

Lave moi des ennuis prospères

mardi 6 décembre 2011

Fais toi force (à S.G.)

Relève toi,

Retiens ton souffle

Ferme tes sens

Ne te retourne plus

Ne t’arrête pas

Ne cours jamais

Cesse de bégayer

Dans le silence

Fais toi force

Là où le feu est passé, plus belle est la repousse

Là où la larme a creusé, plus digne, le sillon

Là où le cœur est fêlure, plus douce la prochaine caresse