Quémande, bancal, un unijambiste sans âge.
Pitoyable, il sautille, balançant son moignon.
Et s'évertue à n'oublier aucun mignon.
Tel un russe blanc, nu, dans un zoo humain,
Il accueille avec faconde ces fieffés faquins.
Ils le toisent, le méprisent et le couvrent de dédain.
A-t-on jamais vu un prince prier pour son pain?
Et pourtant, il règne, sans couronne ni sébile,
Sur un dos d'âne où Dieu l'a placé en gardien.
Nos âmes viles le traitent comme on nourrit un chien.
Jetant des restes, pour qu'il se vautre, docile.
Et dans ce geste hautain, nous lui livrons notre âme.
A lui de la peser, de la jeter aux flammes.
C'est le vrai prix qu'il nous faut payer, nous les gueux
Qui paradons en vain dans nos discours creux.


