Il ne me semble pas avoir ressenti la nécessité d’écrire depuis que je suis rentré d’Haïti, il y a presque sept ans.
Jusqu’à aujourd’hui.
Enfin, non, c’est lui qui a pu le faire. Très diminué physiquement, il ne pouvait presque plus parler et je le sentais énervé contre ce corps qui le trahissait, se reprochant même, peut-être, de ne pas pouvoir articuler les mots qu’il voulait prononcer.
A l’issue de cette crise, nous aurons peut-être la tentation de vouloir revenir à une normalité oublieuse du drame dans lequel vit l’humanité. Ne nous y trompons pas, le drame n’a pas commencé aujourd’hui. Il est là depuis toujours, partout. Ce que l’histoire ne nous pardonnera pas c’est que depuis longtemps nous avons les moyens si ce n’est de le contrer, au moins de l’adoucir. Nous les avions déjà hier et nous ne pourrons que les perdre si nous n’agissons pas.
Revenir à cette normalité ne ferait que créer les conditions d’une nouvelle pandémie, peut-être plus meurtrière. Si une meilleure compréhension des épidémies au XIXéme siècle a été, en Europe, à l’origine des systèmes de santé et d’assainissement actuels, nous ne pouvons pas ne pas, aujourd’hui, nous doter des moyens cohérents pour lutter, au niveau international, contre l’émergence et la propagation de crises sanitaires. Cela passe par l’élaboration de normes contraignantes et un partage de technologies visant à produire des protéines dans des conditions d’hygiène optimales et éviter de favoriser l’apparition d’épizooties avec leurs potentiels sauts d’espèce. Cela passe par une prise en compte du changement climatique dont l’incidence sur les sources d’alimentation fragilise un peu plus les écosystèmes. Cela passe aussi par une remise en cause de la cupidité comme moteur économique.
Cela passera aussi par la relocalisation en Europe des entreprises de fourniture du secteur sanitaire pour que nous dépendions plus de sources d’approvisionnement extérieures
Si nous pointons du doigt la Chine, à raison, du fait de la rétention d’informations cruciales sur la transmissibilité inter-humaine du COVID-19 nous ne pouvons la rendre entièrement responsable des modes de production qu’elle met en œuvre avec des capitaux, notamment américains mais pas uniquement, et selon des méthodes que nous aussi nous employons et qui créent d’immenses réservoirs infectieux en limitant la diversité génétique des animaux d’élevage.
Demain s’écrit aujourd’hui, dans ce temps isolé que nous vivons comme une parenthèse et durant lequel il importe que nous réalisions que le confinement, le vrai, c’est celui dans lesquel nous nous tenons, séparés de la douleur de nos frères d’humanité.

