dimanche 29 mars 2020

« Voilà le vent qui s’élève et gémit dans le vallon »




Si ce n’est pas moi, alors qui?
Si ce n’est pas maintenant, alors quand?
Talmud


Il ne me semble pas avoir ressenti la nécessité d’écrire depuis que je suis rentré d’Haïti, il y a presque sept ans. 

De nombreux événements auraient pu m’inciter à le faire.  Le monde n’a pas, en effet, cessé de sombrer. A contrecourant de l’histoire, il se complait même, depuis, de plus en plus, dans la banalité de la haine comme si haïr était non seulement légitime mais aussi salutaire. Cent ans après la première guerre mondiale, le monde continue à jouer les va-t’en-guerre au loin, par omission ou par procuration, dans ces contrées habituées à la mort anonyme des bombardés, des torturés, des gazés sans toutefois, vraiment nous toucher. Ou si peu. En tous cas, pas très longtemps.

Jusqu’à aujourd’hui.

Il y a bientôt cinq ans disparaissait mon père. Sa mort se rappelle à moi presque quotidiennement et malgré ce déchirement toujours présent, je la regarde avec une certaine sérénité: j’ai pu lui dire adieu.

Enfin, non, c’est lui qui a pu le faire. Très diminué physiquement, il ne pouvait presque plus parler et je le sentais énervé contre ce corps qui le trahissait, se reprochant même, peut-être, de ne pas pouvoir articuler les mots qu’il voulait prononcer. 

Une semaine avant sa mort, il ne se réveillait déjà presque plus et pourtant, il a trouvé l’énergie, dans son demi-sommeil, de me saisir la main, alors que je m’éloignais de son lit pour prendre la route vers Paris. Ses yeux délavés me fixaient avec tendresse, et sans me quitter du regard, il rapprocha ma main de ses lèvres pour y déposer un unique baiser. 

Sans un mot, cet homme secret et pudique, mon père, me témoignait de tout son amour, mieux qu’il ne l’avait jamais fait, mieux qu’il n’aurait jamais pu le faire. C’est probablement là, l’un des plus beaux moments de ma vie. Le plus humain. Le plus profond. Celui que je chéris. 

J’ai eu cette chance.

Aujourd’hui c’est cette possibilité même qui nous est interdite. Bien sûr, en temps normal, nous ne pouvons pas toujours accompagner ceux que l’on aime dans leurs derniers instants voire, leur dire adieu. Mais aujourd’hui la menace est  tangible, insidieusement omniprésente, et nous tient éloignés les uns des autres, par nécessité, rendant impossibles ce dernier baiser, ces mots qui cherchent à apaiser ou témoignent de notre amour les uns pour les autres. 

Dans le confort de nos vies, nous voilà, nous aussi, confrontés à la mort anonyme. Le dérèglement du monde se manifeste à nous dans toute se brutalité, il nous prend à la gorge. Nous ne pouvons plus l’ignorer. Ou plutôt, nous ne devrions plus l’ignorer. Plus feindre que nous sommes à l’abri. Plus nous rassurer de son éloignement que des attentats ou des réfugiés qui se noient à nos frontières ont pourtant rendus proche.

A l’issue de cette crise, nous aurons peut-être la tentation de vouloir revenir à une normalité oublieuse du drame dans lequel vit l’humanité. Ne nous y trompons pas, le drame n’a pas commencé aujourd’hui. Il est là depuis toujours, partout. Ce que l’histoire ne nous pardonnera pas c’est que depuis longtemps nous avons les moyens si ce n’est de le contrer, au moins de l’adoucir. Nous les avions déjà hier et nous ne pourrons que les perdre si nous n’agissons pas.

Revenir à cette normalité ne ferait que créer les conditions d’une nouvelle pandémie, peut-être plus meurtrière. Si une meilleure compréhension des épidémies au XIXéme siècle a été, en Europe, à l’origine des systèmes de santé et d’assainissement actuels, nous ne pouvons pas ne pas, aujourd’hui, nous doter des moyens cohérents pour lutter, au niveau international, contre l’émergence et la propagation de crises sanitaires. Cela passe par l’élaboration de normes contraignantes et un partage de technologies visant à produire des protéines dans des conditions d’hygiène optimales et éviter de favoriser l’apparition d’épizooties avec leurs potentiels sauts d’espèce. Cela passe par une prise en compte du changement climatique dont l’incidence sur les sources d’alimentation fragilise un peu plus les écosystèmes. Cela passe aussi par une remise en cause de la cupidité comme moteur économique.

Cela passera aussi par la relocalisation en Europe des entreprises de fourniture du secteur sanitaire pour que nous dépendions plus de sources d’approvisionnement extérieures

Si nous pointons du doigt la Chine, à raison, du fait de la rétention d’informations cruciales sur la transmissibilité inter-humaine du COVID-19 nous ne pouvons la rendre entièrement responsable des modes de production qu’elle met en œuvre avec des capitaux, notamment américains mais pas uniquement, et selon des méthodes que nous aussi nous employons et qui créent d’immenses réservoirs infectieux en limitant la diversité génétique des animaux d’élevage.

Demain s’écrit aujourd’hui, dans ce temps isolé que nous vivons comme une parenthèse et durant lequel il importe que nous réalisions que le confinement, le vrai, c’est celui dans lesquel nous nous tenons, séparés de la douleur de nos frères d’humanité.









samedi 16 novembre 2013

Ondin



A la nuit d'éphémère, une pirouette
Tombe, tombe la pièce

Bel et bon le côté
Où ruisselle la bonté.

A l'ombre, la face
Qui l'a perdue

Danse au sombre clignotant
Sûre de s'y arrêter


dimanche 29 juillet 2012

A A

Une délicatesse sans pause
Pudeur sans retenue

Rire sans trêve
Histoire sans fin

Renaissance dans la nuit
Ton corps en moi

Lové envers le vain
Vanité d’ailleurs

Quand je le regarde
Lui

Quand je le désire
Lui

Je me crois l’aimer

Alors que j’aimerais qu’il fût toi
Au moment immense
De ta rencontre

Je confonds ses lèvres
A l’aurore naissante
Où je te goute

Viens, surgis
Clame ton droit
Exige, prie
Bats-toi

Je disparais déjà dans l’automne

Je pourrais croire au printemps

Mais la fleuraison ignore son ocre destin

Et les fleurs fanées courtisent l’hiver

Je me sais poussière

Et nul phénix

samedi 14 juillet 2012

flux

Silence odieux des possibles en impasse

Nu à l’orage comme un feu décharné

L’aurore pointe en tourmente au détriment de soi


L’on voudrait dormir à la lune passée
Bercé par un plaisir de jeu forgé en rêve

L’on voudrait se vêtir de vent
Dessiné dans un écrin de bruine opale

Précieux comme une vérité en devenir écourté

Exsangue à l’azur tel un buisson sacrifié

Impassible possession du temps par le temps



jeudi 28 juin 2012

Insomnie


Mon corps incandescent

(Son feu consumé dans la lumière)

Je suis promesse réflexive

(Aurore calcinée)

Au sommet, la source

(Dans la douceur : incongrue)



mercredi 27 juin 2012

mardi 29 mai 2012

Alta fugens

Maître mort

Ciel ruine

Dentelles émoussées

Moiteurs idylliques

Gourmandises édentées

Douceur indomptée

Paradis paradisiaque

Nuit d’ennui

Remord torpeur

Décimale fugace

Alarme diurne

Abyme trompeur

Azur vapeur

Feu exsangue

Incrédule crédule

Nuit d’horreur.